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Charlystories
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Avertissement

Ce roman est une œuvre de fiction qui se déroule dans un univers entièrement imaginaire. Les noms, personnages, lieux et événements que vous y trouverez sont le fruit de la créativité de l'auteur. Toute ressemblance avec des faits ou des individus existants serait purement fortuite.

Édition originale publiée en français sous le titre :

Sentinelles (Premier tour de garde) Partie 1 Copyright © 2026 Charles SANDAH

ISBN : 978-99982-3-944-9 — 2e publication

Aucune représentation ou reproduction intégrale ou partielle de ce roman par quelque procédé que ce soit, ne sera faite sans l'autorisation écrite de l'éditeur. Sauf s'il s'agit de citations dans des articles ou revue de presse.

Pour Dimitri et Alex

« Si la sentinelle voit venir l’épée, et ne sonne pas de la trompette ; si le peuple n’est pas averti, et que l’épée vient enlever à quelqu’un la vie, celui-ci périra à cause de son iniquité, mais je redemanderai son sang à la sentinelle. Et toi, fils de l’homme, je t’ai établi comme sentinelle sur la maison d’Israël. Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part »

Ézéchiel 33 : 6-7

Note de l'auteur

Chers lecteurs et lectrices

La réalité et la fiction sont deux faces d’une même pièce. Dans son livre "Ça", Stephen King affirme que « la fiction n’est que la vérité que cache le mensonge ». Dans chaque récit fictif se trouve une part de réalité. Mon frère Dimitri Dumas dit souvent que « tout ce qui a été imaginé a soit déjà existé, existe ou existera ». Nous ne pouvons rien imaginer qui soit au-delà de ce qui « est » réellement. La plupart des créatures surnaturelles que nous voyons dans les livres et les films sont peut-être imaginaires. Mais elles pourraient aussi bien ne pas l’être. J’aime croire que le monde va bien au-delà de nos 5 sens. C’est mon côté rêveur et fou. Et c’est pour cette raison que Stephen King est mon auteur préféré. Sa capacité à donner vie à des mythes, légendes et créatures surnaturelles fantastiques a eu un impact considérable sur ma vie de bibliophile.

Pour en revenir aux créatures surnaturelles comme les licornes, les dragons, les fées, les sirènes, etc., je pense qu’elles existent quelque part de l’autre côté du voile sous une forme ou une autre… Mais elles existent bel et bien. L’histoire que vous êtes sur le point de lire est certes imaginaire, mais elle n’en demeure pas moins réelle. Je vous propose un aller sans retour dans mon monde imaginaire. Vous lirez ici des choses invraisemblables qui, je vous l’assure, proviennent de mon imagination folle. Mais ce n’est pas pour cela qu’elles ne sont pas réelles. Je vous propose d’explorer avec moi le monde de l’autre côté… Mon désir le plus profond est de vous amener à prendre conscience de certaines réalités spirituelles et invisibles qui nous entourent sans que nous y fassions vraiment attention.

Le monde est d’abord esprit avant d’être chair et sang. Je commencerai donc dans ce premier tour de garde à donner vie à chacun des personnages de ce roman dans votre esprit. Et lorsque cela sera fait, ce ne sera plus qu’une question de temps avant que vous ne soyez capable de cerner une vérité qui jusque-là a toujours été étouffée. Ce livre, je l’espère, n’est que le premier volume d’une trilogie riche en émotion, mais aussi en révélation.

Le genre d’histoire épique qui vous empêche de vous coucher le soir sans avoir avancé de quelques lignes… De toute manière chers lecteurs et lectrices, l’essentiel pour moi c’est que vous puissiez voir ce que je vois en écrivant ces lignes. J’espère que cette histoire vous plaira autant que j’ai eu du plaisir à l’écrire. Alors, venez avec moi ! Dépassons ces pages et découvrez le monde d’une nouvelle façon.

Votre fidèle serviteur Charles SANDAH

Chapitre 1 : La mélancolique

Cotonou

Samedi 18 septembre 2021

17 h

Assise au fond de la grande salle de conférence du 3ᵉ étage, les yeux fixés sur le vide à travers la fenêtre, la jeune femme au teint clair, vêtue d’une chemise fleurie rouge et d’un jean bleu, avait l’air totalement déconnectée de son environnement immédiat. Cela faisait un moment qu’elle n’entendait plus vraiment grand-chose de ce que disait le conseiller d’orientation pédagogique à propos des différents choix de filières qui s’offraient aux nouveaux bacheliers. En réalité, rien de tout ce qui se disait dans cette salle ne l’intéressait vraiment. Du moins, pour le moment. Elle était plutôt préoccupée par ce qui s’était passé entre son petit copain et elle. Elle avait encore du mal à croire qu’ils avaient vraiment rompu. Pour de bon, cette fois, malheureusement. Elle avait toujours redouté que ce jour arrive, mais pas si tôt. Cela faisait presque un an qu’ils sortaient ensemble. Un an qu’elle était tombée amoureuse de son beau visage de petit garçon et de son sourire si serein et si confiant. Au début, elle le trouvait un peu trop sûr de lui. Presque prétentieux. Puis, avec le temps, elle avait fini par s’attacher à cette assurance qu’il avait en tout.

Angela passait en classe de Terminale lorsqu’elle l’avait rencontré pour la première fois à une fête d’anniversaire organisée par sa meilleure amie Caroline en août 2020. Jérémy, lui, venait d’avoir son Bac et se préparait à entrer à la fac. En y repensant maintenant, Angela se dit que c’était probablement ce semblant de maturité lié à son niveau d’études qui avait peut-être fait chavirer son cœur. Elle se souvint aussi qu’elle n’avait jamais vraiment voulu aller à ce fameux anniversaire. Elle était du genre à rester chez elle et à écouter en boucle sa playlist de sad indie folk américaine. C’était comme ça depuis le départ brutal de sa mère. Caroline avait quand même insisté pour qu’elle soit présente à sa fête d’anniversaire, la menaçant même de ne plus lui adresser la parole si elle ne venait pas. Et elle en était capable. Cette fille pouvait être une vraie chipie quand elle le voulait, mais Angela l’aimait bien. Elle avait donc fini par céder, uniquement pour lui faire plaisir. Elle était certaine de s’y ennuyer à en mourir, mais une promesse était une dette, et elle voulait tenir parole.

Angela n’avait pas eu trop de mal à convaincre son père, qui connaissait très bien son amie. La fête devait se dérouler chez Caroline à partir de 17 h et se terminer à 22 h. Monsieur Ossey, le père d’Angela, avait consenti à laisser partir sa fille. Il espérait qu’un peu de distraction pourrait l’aider à retrouver le sourire, surtout après la tragédie qu’elle venait de vivre. En effet, quatre mois avant l’anniversaire de Caroline, la mère d’Angela avait perdu la vie dans un tragique accident de la route. Toute la famille Ossey en fut bouleversée. Mais ce fut Angela qui en souffrit le plus.

Après l’accident, elle avait changé… Elle était devenue beaucoup trop calme et très peu bavarde. Angela, qui était souvent traitée de « moulin à paroles » à l’école et à la maison, préférait maintenant la solitude de sa chambre plutôt que ce semblant d’ambiance qui régnait dans la maison. Depuis cette tragédie, elle ne manquait plus aucune occasion de rester seule dans son coin, en se laissant emporter par les souvenirs qu’elle avait gardés de sa mère. Elle revivait en boucle les sons, les images et les moments partagés avec elle. Elle n’était pas encore parvenue à accepter cette tragédie. On aurait dit qu’elle voulait tout le temps être déconnectée de la réalité pour permettre au passé de demeurer éternellement. C’était compréhensible, la perte d’un être cher n’est jamais une mince affaire. Surtout lorsqu’il s’agit d’un départ soudain et brutal.

M. Ossey craignait que sa fille ne se laisse aller à la drogue ou aux stupéfiants pour s’enfermer un peu plus dans sa bulle. Il savait qu’il lui fallait du temps pour faire son deuil. Gérard Ossey, le père d’Angela, avait réussi à s’en sortir en s’enfermant dans son travail. Il souhaitait aider sa fille du mieux qu’il le pût. Mais il souffrait lui aussi. Toute la famille souffrait. L’homme d’affaires cherchait un moyen de redonner la joie de vivre à sa fille. Elle en avait besoin. Plus d’une fois, il avait envisagé de lui faire suivre des séances chez un psychologue. Mais il avait tôt fait de renoncer à ce projet. Il avait peur que cela ne la pousse à s’éloigner encore plus de tout le monde. Elle était trop jeune pour sombrer dans une dépression. Malheureusement, ce mal n’a pas d’âge.

Lorsqu’Angela vint lui parler de cette fête d’anniversaire à laquelle sa copine venait de l’inviter, Gérard Ossey avait trouvé l’idée géniale et s’était empressé de lui accorder sa permission. Cela faisait un moment qu’elle n’était plus sortie, et il n’allait certainement pas l’en priver maintenant alors qu’elle en avait besoin. Angela connaissait la vraie raison de l’invitation de Caroline, et aussi pourquoi son père l’avait laissée y aller. Il avait même proposé de l’y conduire lui-même, mais elle avait décliné.

— Je n’ai pas envie que tu m’emmènes, papa. Ne t’inquiète pas. Ça ira, avait-elle répondu d’un air absent.

En vérité, ça lui était égal. M. Ossey n’avait pas insisté. C’était finalement le chauffeur, Monsieur Habib, qui l’y avait conduite. Angela était arrivée sur les lieux vers 20 h, peu de temps avant le moment où l’on coupa le gâteau. Sachant que la fête allait débuter à 17 h, elle avait fait exprès de venir à une heure tardive pour passer le moins de temps possible sur les lieux. La plupart des invités étaient partis juste après la coupe du gâteau. La situation lui convenait parfaitement.

Profitant de la nuit qui venait de poser ses valises, elle s’était faufilée dans la maison où la musique rythmée avait maintenant été remplacée par une douce mélodie de slow. Des couples enlacés et bougeant lentement au son de la musique étaient dispersés dans la cour de la maison. D’autres se contentaient de discuter, tapis dans l’ombre, à l’abri des regards. Deux amoureux s’embrassaient un peu à l’écart dans la zone la moins éclairée du jardin. Angela n’avait pas pu rester indifférente face aux moyens colossaux que Caroline avait dû déployer pour la réussite de cette fête. Les parents de son amie étaient assez riches. Pas aussi riches que le père d’Angela, mais ils valaient leur pesant d’or. Sa copine avait toujours été du genre à être dans les excès quand elle en avait l’occasion. Ses parents n’hésitaient pas à lui faire plaisir parce qu’elle était fille unique.

Malgré le fait que la plupart des invités étaient déjà rentrés chez eux, l’extérieur et l’intérieur du hall n’étaient pas vides. Alors qu’Angela essayait de passer inaperçue, Caroline l’avait remarquée et avait couru à sa rencontre. C’était une fille rondelette qui devait tout son charme à ses jolies fossettes.

— Angieee !!! s’était-elle écriée, tu es venue.

Elle avait pris Angela dans ses bras et l’avait étouffée avec un chaleureux câlin. Bien sûr qu’elle était venue, pensa Angela en suffoquant. Lui avait-on laissé le choix ? Angela détestait que Caroline l’appelle comme ça. Une seule personne avait ce droit. Mais ce n’était pas le bon jour pour contrarier sa copine. Elle lui avait rendu un sourire forcé et avait répondu :

— Oui, je suis venue, Caro. Je ne pouvais pas t’abandonner un jour comme celui-ci.

— Merci, ma chérie, ça me touche beaucoup.

Angela avait tendu à sa copine un paquet-cadeau. Les yeux de Caroline s’étaient illuminés à la vue de l’emballage.

— Joyeux anniversaire, j’espère que ça te plaira.

Voir la joie sur le visage des personnes qu’elle aimait avait toujours procuré à Angela un certain bonheur.

— C’est ce à quoi je pense ? avait demandé Caroline en prenant le cadeau.

— Ouvre, tu verras.

Caroline avait précipitamment déchiré l’emballage et avait ouvert le paquet. Il contenait un magnifique collier en or que les deux filles avaient vu dans une boutique une semaine plus tôt. Le bijou avait tant plu à Caroline qu’elle disait le vouloir à tout prix. Mais on lui avait dit que le collier était déjà réservé. Angela s’en était souvenue et avait décidé de le lui offrir comme cadeau d’anniversaire. Elle avait fait des recherches pour trouver le même collier ailleurs.

Folle de joie à la vue du bijou, Caroline avait à nouveau pris son amie dans ses bras et l’avait serrée si fort qu’Angela avait cru entendre ses os craquer. Puis, desserrant son étreinte, elle s’était écriée :

— Oh, Angie, merci beaucoup.

Elle avait les larmes aux yeux. Elle avait toujours été beaucoup trop émotive. Angela savait qu’elle allait oublier ce collier dans quelques jours.

— C’est la moindre des choses, ma chérie, lui dit-elle en se forçant à lui sourire.

Même si son amie pouvait se montrer agaçante parfois, elle avait tout de même toujours été là pour elle.

— Ça me fait plaisir, vraiment, dit Caroline. Et c’est vraiment super que tu sois venue. Moi aussi, j’ai un cadeau pour toi. Je dois te présenter quelqu’un.

Angela avait froncé les sourcils.

— Quelqu’un ? Qui ça ? Line, je t’ai déjà dit que je ne veux pas faire de nouvelles connaissances.

— Bien sûr que tu vas rencontrer des gens, avait répliqué Caroline. Ton frère s’est plaint de ton attitude ces derniers temps. Je lui ai donc promis de faire de mon mieux pour te redonner le sourire. Tu es à ma fête d’anniversaire. C’est mon jour, alors tu feras ce que je veux.

Avant qu’Angela ait pu protester, Caroline l’avait attirée de force et l’avait conduite dans le grand salon. Une musique jazz y était jouée et une ambiance relaxante s’était répandue dans la pièce. Quelques personnes dansaient sur la petite piste de danse aménagée pour l’occasion. Angela se demanda où pouvaient bien se trouver les parents de Caroline actuellement. Ils lui avaient certainement laissé la maison pour se réfugier dans leur autre résidence.

Un peu à l’écart, deux jeunes hommes étaient assis à une table et sirotaient de la bière. Attirant Angela vers elle par le poignet, Caroline s’était approchée d’eux en souriant.

— Salut les garçons, leur avait-elle lancé, la soirée se passe bien ?

L’un des deux garçons lui avait répondu par un signe de tête. Angela n’avait pas eu de mal à le reconnaître. Il s’agissait du nouveau petit copain dont Caroline lui avait tant parlé : Aristote.

— Oui, pas trop mal, mon bébé, répondit ce dernier. C’est ta copine que tu comptais présenter à Jérémy ?

Il avait demandé cela en jetant à Angela un regard lourd de sens. Elle avait eu une grimace de dédain, mais avait quand même fait l’effort de ne pas laisser paraître son irritation. Elle ne voulait pas se montrer désagréable. Elle aussi pouvait être une vraie pimbêche quand elle le voulait. Et Caroline le savait. Mais tout de même, songea Angela, de quel droit ce type osait-il la désigner comme si elle n’était qu’un vulgaire colis de transaction ? Caroline allait le lui faire payer chèrement d’avoir parlé d’elle à son insu à ces types qu’elle n’avait aucunement envie de connaître.

Elle s’apprêtait à mettre les points sur les « i » avec Aristote lorsque Jérémy revint de la cuisine avec deux bouteilles d’eau. C’était un jeune homme bien bâti pour ses 20 ans. Son regard avait croisé celui d’Angela et, à cet instant précis, elle avait oublié tout le reste. Il était apparu à ses yeux comme un rayon de soleil dans un océan de ténèbres. Elle le trouvait très attirant dans son T-shirt gris foncé et son jean noir ciré. Elle avait même remarqué ses baskets blanches qui lui allaient à ravir. Et son parfum… comment l’oublier ? Il sentait tellement bon ce jour-là. Il émanait de lui un certain charisme. Un vrai mâle alpha. Un peu comme ces acteurs sud-coréens sur lesquels elle avait l’habitude de flasher.

— Salut Angela, avait lancé le beau jeune homme, moi, c’est Jérémy. Caroline m’a beaucoup parlé de toi.

Angela avait machinalement serré la main de Jérémy sans cesser de le dévisager.

— Salut…

— Elle est un peu timide, avait ronronné Caroline en jouant les entremetteuses.

— Ce n’est rien, répondit Jérémy, toujours souriant. Tu sais, moi aussi, je suis timide. Ça nous fait un point en commun.

C’est ce sourire qui avait eu raison d’elle ce jour-là…

Avant qu’elle ait pu aller plus loin dans ses souvenirs, un toc-toc retentit sur la porte de la salle de conférence et la ramena à la réalité. Une des organisatrices venait signaler au conférencier que c’était bientôt la fin de la séance. Peu à peu, les idées d’Angela se remirent en place. Elle se trouvait dans un hôtel, au 3ᵉ étage, pour suivre une stupide séance d’orientation dont elle n’avait strictement rien à faire. Ça ne m’intéresse pas. La pièce était maintenant envahie par le brouhaha des nouveaux bacheliers euphoriques à l’idée de rentrer chez eux après une longue journée de débats sur les choix judicieux de filières après le Bac.

Mince, cette fois je suis allée bien loin, se dit Angela en se levant à son tour. Elle se mit à ranger ses affaires dans son sac. Jérémy et elle avaient vécu une idylle pendant les six premiers mois de leur relation. Ils passaient beaucoup de temps ensemble, et ils avaient toujours quelque chose à se dire. Puis les choses avaient changé. Angela n’avait pas pleuré lorsqu’il lui avait suggéré qu’ils devaient peut-être prendre une pause. Peut-être que quelques mois plus tôt, elle l’aurait fait, parce que Jérémy avait été son seul réconfort après la tragédie. Mais plus maintenant. La magie s’était arrêtée au bout de six mois, et les blessures de la perte de sa mère, qui semblaient cicatriser, s’étaient rouvertes. À nouveau, elle avait été assaillie par la douleur et, à ce moment-là, elle s’était laissée faire.

Jérémy avait changé au début de l’année 2021. Il ne l’appelait plus comme d’habitude et ne venait plus lui rendre visite comme auparavant. Il prétendait qu’Angela avait son examen à préparer et qu’il ne voulait pas qu’elle soit distraite par sa présence. Si elle ne le connaissait pas, elle l’aurait probablement cru. Mais elle savait qu’il y avait anguille sous roche. Il y avait une autre raison à ce changement chez son ex-petit copain. Il s’était arrangé pour lui faire porter le chapeau des problèmes qu’ils avaient. Angela était trop intelligente pour ne pas comprendre ce qui se tramait derrière tout ça. Son petit ami avait certainement rencontré quelqu’un d’autre au campus. Quelqu’un qui était sûrement prête à faire tout ce qu’Angela n’était pas disposée à faire.

Jérémy voulait que leur relation aille « beaucoup plus loin ». Mais Angela ne se sentait pas prête. Il avait été très présent pour elle pendant la période du deuil. Dévastée par le chagrin, elle avait espéré trouver une quelconque consolation dans les plaisirs charnels. Il y avait eu ces moments où elle s’était retrouvée toute seule avec lui chez son ami Aristote. Elle l’avait laissé l’embrasser plus d’une fois, et il l’avait même caressée. Mais, à chaque fois qu’il voulait aller plus loin, son cœur se mettait à tambouriner dans sa poitrine. Elle se sentait mal à l’aise et étouffée. Comme si tout son être lui disait que ce n’était pas la bonne chose à faire. Pas maintenant.

Angela soupira et referma la fermeture éclair de son sac à main. Elle se dirigea vers la sortie de la salle en suivant les autres nouveaux étudiants. Je n’arrive pas à croire qu’il n’ait pas pu patienter, grogna-t-elle pour elle-même. J’aurais fini par le laisser faire. De toute façon, ce n’est plus la peine de penser à tout ça. Le ciel nuageux annonçait une pluie imminente. Dehors, en face de l’hôtel Le Chant des Cygnes, M. Habib, le chauffeur envoyé par le père d’Angela, l’attendait devant une Mercedes noire. La fille du milliardaire se dirigea vers la voiture en serrant les dents. Au cours de l’année scolaire, elle avait toujours détesté que son père lui envoie le chauffeur pour la ramener à la maison.

D’abord, cela l’empêchait de profiter de la fin des cours pour discuter avec ses camarades (elle n’en avait pas beaucoup). Ensuite, elle détestait se sentir dans la peau d’une petite bourgeoise, même dans un environnement de gosses de riches frimeurs et égocentriques. C’était déjà assez dur d’être étiquetée du nom de son père chaque fois qu’elle se présentait dans un bureau.

Ce soir en particulier, Angela avait envie de se changer les idées. Marcher pour se vider la tête. Le baccalauréat était derrière elle et elle devait faire une croix sur Jérémy le plus tôt possible.

Angela ignora le chauffeur qui lui tenait la portière ouverte et s’installa à l’intérieur du véhicule. L’homme referma et alla prendre le volant. Alors qu’elle observait le paysage défiler sous ses yeux, Angela eut la forte impression que ces jours de monotonie seraient bientôt derrière elle. Comme si une aventure extraordinaire l’attendait quelque part dans une lointaine contrée. Elle repoussa ces idées et s’enfonça dans le moelleux du siège passager. C’était encore son imagination qui lui jouait des tours, songea-t-elle sans vraiment y croire.