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Chapitre 3 : La brebis égarée

Samedi 20 h 30 — Goléta

Le téléphone sonnait pour la huitième fois de cette soirée. Couchée sur son lit après avoir passé près de 40 minutes sous la douche, Lisa Awalé, 21 ans, avait décidé qu’elle ne décrocherait pas à cet appel. Elle n’avait aucune envie de discuter avec qui que ce soit, et surtout pas lui. Elle regardait d’un air angoissé son téléphone portable, qui n’avait pas cessé de sonner depuis le début de la soirée. Après les trois premiers appels, elle s’était dit que son petit ami Roland allait finir par arrêter. Il était du genre à insister, mais il pouvait au moins comprendre que, ce soir, elle n’ait pas vraiment envie de parler.

Lisa essuya les larmes qui séchaient sur ses joues et rejeta à nouveau l’appel. Pendant un instant, l’idée de mettre le numéro sur liste noire lui traversa l’esprit. Mais elle la repoussa. Même si elle n’avait aucune envie de lui parler, elle croyait tout de même que ce n’était pas encore une raison valable pour mettre le numéro de téléphone de son petit ami sur la liste noire de son portable. Dans la même catégorie que tous les prétendants qui la harcelaient. Non, Roland ne méritait pas ça. Malgré ce qui était arrivé entre eux ce soir…

Elle se redressa et s’assit sur son lit, en se tenant la tête entre les deux mains. Comment avait-elle pu se laisser aller à ce point ? se demanda-t-elle en éclatant à nouveau en sanglots. Venait-elle vraiment de perdre sa virginité alors qu’elle s’était juré de la garder jusqu’à son mariage ? La bêtise du siècle. Qu’est-ce qui lui avait pris de se rendre chez Roland alors qu’elle n’était pas en état de lui résister en ce moment ? Sans oublier le fait qu’une partie d’elle se doutait de ce qui allait se passer ce soir.

Tous ces enseignements que tu as écoutés à l’église ne t’ont servi à rien, Lisa, lui murmura une voix. À quoi bon lutter ? Tu ne vaux pas mieux que les autres.

La culpabilité et le remords se mirent à la dévorer lentement, sans anesthésiant. Elle se rapprocha du bord de son lit et se mit à genoux. Elle essaya de prier pour la deuxième fois ce soir, mais elle ne savait quoi dire. Les voix continuaient de la marteler de l’intérieur :

Pécheresse, pécheresse, pécheresse, maintenant c’est terminé. Dieu ne veut plus te sentir. Reste loin de Lui. Comment oses-tu lui parler ? Penses-tu vraiment qu’il t’écoutera ?

Une partie de Lisa savait que ces voix n’étaient pas vraiment celles de Dieu. Mais elle avait du mal à faire la distinction. Dans tout ce brouhaha au-dedans d’elle, il lui était difficile de discerner le doux murmure qui l’avait autrefois accompagnée au cours de ses temps de méditation. Ça faisait d’ailleurs si longtemps qu’elle ne l’avait pas entendu. Elle ne savait même plus à quoi ressemblait cette voix.

Pourtant, Lisa ressentait le besoin de parler à Dieu. Elle savait qu’elle avait péché contre Lui et qu’elle avait besoin de Lui demander pardon. Elle n’avait pas écouté la voix de sa conscience, qui lui avait dit que c’était une mauvaise idée d’aller chez Roland ce soir. Elle n’en avait fait qu’à sa tête. Roland avait été si convaincant.

Roland… Leur histoire avait débuté l’année dernière, environ deux mois après son arrivée sur le campus. Alors qu’elle rentrait chez elle un soir, après une journée de cours particulièrement chargée, un garçon l’avait accostée à la sortie. Il lui avait envoyé une charmante salutation et lui avait demandé quelques minutes de son temps. Lisa, qui avait tout de suite compris ses véritables intentions lorsqu’elle l’avait vu, ne fit pas attention à lui. Elle l’avait tout simplement ignoré et avait continué son chemin.

Cela n’avait pas paru décourager le don Juan. Il l’avait suivie pendant près d’une vingtaine de minutes et n’avait apparemment pas l’intention d’abandonner. Lisa s’était vite rendu compte qu’il était le genre de garçon qui ne lâchait pas facilement prise. Et elle n’avait aucune envie que ce bel inconnu découvre, en la suivant, où elle habitait. Exaspérée par les insistances du jeune homme, elle avait fini par s’arrêter pour lui répondre. Elle s’était ainsi retrouvée en face d’un beau spécimen d’une vingtaine d’années. Il avait de larges épaules et devait mesurer au moins 1 m 80. Avec sa corpulence imposante, il faisait penser à un sportif professionnel. Il la dépassait d’au moins 15 cm, et cela le rendait encore plus attirant. Elle avait toujours eu un faible pour les hommes de grande taille. Ce bel inconnu qui venait de l’accoster dans la rue était carrément son type d’homme, physiquement. Mais elle ne comptait pas s’attarder sur ce détail. Elle n’était pas à la recherche d’une relation pour le moment. Lisa décida alors de ne pas y aller par quatre chemins pour se faire comprendre.

— Écoutez, monsieur, lui avait-elle balancé, je suis fatiguée. Je viens de passer une journée épuisante et, en plus de ça, j’ai une tonne d’exercices de chimie sous le bras à rendre demain matin. Je n’ai vraiment pas le temps de discuter avec vous, et je ne suis pas du tout intéressée par votre offre, quelle qu’elle soit. Alors si ça ne vous dérange pas, j’aimerais rentrer chez moi en paix, s’il vous plaît.

Impressionné par le tempérament de feu de la fille, Roland avait sifflé d’admiration et lui avait fait un charmant sourire éclatant. Il avait répondu d’une voix calme et mélodieuse :

— Je vous prie d’excuser mon dérangement, mais je n’ai pas pu résister. Les papillons de nuit sont souvent attirés par la lumière, voyez-vous ? Il paraît que ces sources lumineuses perturbent leur système de navigation. C’est exactement ce qui m’est arrivé ce soir. Votre lumière…

— Gardez votre salive, monsieur. Ça ne fonctionnera pas sur moi, lui avait-elle répondu fermement.

Il est sérieux, là ? On va vraiment jouer à Don Juan ce soir ?

— Mince, vraiment ? fit Roland, déboussolé. Moi qui pensais que ça marchait pourtant à tous les coups.

Lisa s’était retournée pour continuer son chemin, mais l’athlétique jeune homme avait bondi en face d’elle et l’avait suppliée des yeux.

— S’il vous plaît. Une minute. C’est tout ce que je demande.

— Pour quoi faire ? Et pourquoi ferais-je une chose pareille ?

— Bah parce que… tu viens de dire que tu as des exercices de chimie à faire, non ? Je parie que t’es en première année. Je pourrais t’aider...

— Je suis en deuxième année de chimie moléculaire, et je suis plutôt bon. Je m’appelle Roland. On s’est déjà rencontrés sur le campus, mais tu n’as pas l’air de t’en souvenir.

Bien sûr qu’elle ne s’en souvenait pas. Elle ne l’avait jamais vu de toute sa vie. Lisa n’oubliait jamais un visage. Ce type venait juste d’inventer ça pour l’amener à se creuser la tête, histoire de gagner du temps. Les garçons, s’était-elle dit, pff… Elle lui avait jeté un regard méfiant et n’avait pas serré la main qu’il lui tendait. En plus, il se permettait de la tutoyer.

— Écoutez, euh… Roland, merci pour votre sollicitude, mais je ne suis vraiment pas sûre d’avoir le temps de discuter avec vous. Je suis vraiment désolée, mais je dois y aller.

— Attends, tu pourrais au moins me laisser ton numéro. On pourrait se revoir.

Lisa avait littéralement éclaté de rire. C’était quoi, cette technique de drague bizarre ? Pour quelle raison lui aurait-elle laissé son numéro ? Croyait-il vraiment qu’elle le lui donnerait alors qu’elle ne le connaissait même pas ? Cela la fit partir dans un fou rire. Son euphorie fut interrompue par une quinte de toux.

— J’ai dit quelque chose de drôle ? avait demandé Roland, visiblement déconcerté.

— Je ne vous donnerai pas mon numéro de téléphone, M. Roland.

— Je t’en prie, Lisa, appelle-moi Roland.

Lisa s’était figée en l’entendant l’appeler par son prénom alors qu’elle ne le lui avait jamais donné. Heureusement que les tueurs en série, ça ne courait pas les rues au Bénin, s’était-elle dit. Roland avait sûrement eu son nom chez quelqu’un de sa classe.

— Comment connaissez-vous mon nom ?

— On est à l’UST, Lisa. Tout le monde connaît tout le monde ici. Donc c’est bien Lisa ? Est-ce que je peux avoir ton numéro de téléphone maintenant ? Il se fait tard, je ne voudrais pas te retenir trop longtemps.

Ce jeune homme était de plus en plus suspect. Pourquoi voulait-il à tout prix son numéro ? Elle avait donc pris un air plus soupçonneux et avait renfrogné la mine.

— Je dois rentrer chez moi. Bonne soirée. Et si vous me suivez, je crie au secours !

Avant que Roland ait pu répliquer, elle s’était éloignée de lui à grands pas et avait continué sa route, en jetant des regards furtifs derrière elle pour voir si ce mystérieux personnage ne l’avait pas suivie. Mais il ne l’avait pas fait. Il était resté là et l’avait regardée partir.

Une fois chez elle, Lisa avait repensé à tout ça. Elle avait encore éclaté de rire, toute seule à la maison. Elle était parvenue à la conclusion que le beau mec de ce soir était un de ces coureurs de jupons de l’UST et qu’elle avait bien fait de ne pas avoir discuté avec lui plus longtemps.

Lisa n’avait pas fini d’exprimer le fond de sa pensée que son téléphone avait sonné. C’était un contact inconnu, mais son appli d’identification avait affiché Roland sur l’écran.

Non, c’est une blague ?

Ce soir-là, elle n’avait pas décroché l’appel. Elle s’était contentée de le rejeter autant de fois que possible, puis, quand elle en eut assez, elle avait envoyé le numéro dans la liste noire. Après ça, elle n’avait plus entendu parler de lui.

Jusqu’à ce que, deux mois plus tard, elle se retrouvât nez à nez avec lui à la salle d’informatique du campus. Elle avait fait semblant de ne pas le reconnaître, mais il avait insisté, comme la dernière fois. Au moins, il n’était pas rancunier. Elle avait fini par accepter de discuter avec lui, et ils avaient bavardé plus longtemps cette fois. Lisa s’était rendu compte que, sous son apparence de bad boy harceleur, se cachait un homme charmant et très sympathique. Il l’avait invitée à continuer leur discussion au restau du campus, et elle avait accepté. Elle s’était dit que ce ne serait pas mal qu’ils restent amis.

Ils avaient donc gardé contact. Roland lui avait évidemment fait des avances ce jour-là.

Mais Lisa les avait gentiment rejetées. Ils étaient restés de simples amis, mais très bons amis tout de même. Pendant un bon bout de temps, ils se parlaient et se voyaient presque tous les jours. Le quotidien rapprochant les gens, Lisa avait fini par succomber aux charmes de ce beau mâle. Elle s’était surprise à tout lui raconter sur elle. Elle lui parlait de ses parents, de ses frères et de ses sœurs. Et lui, il l’écoutait toujours avec autant d’attention. Il la conseillait souvent et la consolait quand elle allait mal. Et Lisa était une jeune femme à l’humeur très changeante.

À chaque fois, Roland était là et il supportait ses caprices. Peu à peu, elle avait commencé à avoir du mal à se passer de lui. Trois mois plus tard, elle était complètement amoureuse. Comme s’il s’en était aperçu, Roland lui avait à nouveau fait des avances. Elle lui avait expliqué ses craintes, et ce qu’être en couple représentait pour elle. Elle lui avait parlé de ses parents, de sa foi et de ses convictions religieuses. Roland lui avait dit qu’il était prêt à faire les sacrifices nécessaires pour elle. Il disait l’aimer. Ce qui était peut-être vrai, en fin de compte.

Les mois qui suivirent lui firent complètement baisser sa garde. Elle avait fini par accepter de sortir avec lui et lui avait fixé plein de limites qu’ils ne devaient pas franchir. Mais le problème, c’était Lisa. Elle avait du mal à suivre ses propres règles.

C’est elle qui l’avait embrassé pour la première fois sur la bouche, chez elle. Puis elle s’était repentie. C’était le premier garçon qu’elle embrassait.

Après cette première fois, elle avait eu le sentiment d’avoir fait quelque chose qu’elle n’aurait pas dû faire. Roland, lui, avait été stupéfait, parce qu’il ne s’y attendait pas. Dans leur contrat, Lisa lui avait expressément signifié qu’il n’y aurait pas de baiser sur la bouche, pas de mains baladeuses et surtout pas de sexe. Curieusement, il n’avait pas protesté. Aujourd’hui, Lisa comprenait pourquoi. Il était patient.

Quelques semaines après leur premier baiser, elle avait recommencé alors qu’ils se trouvaient à l’école, un soir après une séance de travail dirigée. Au fond d’elle, elle sentait que Roland deviendrait un danger pour sa foi, mais elle n’avait ni l’envie ni la force de se détacher de lui. Et par la suite, il avait lui-même pris les choses en main.

À la soirée dansante pendant la fête de la Journée de la Femme sur le campus, c’était lui qui l’avait embrassée. Et Lisa ne l’en avait pas empêché. Comment aurait-elle pu ? Elle était résignée depuis un moment. Elle avait aimé. Et ils avaient recommencé quelques jours plus tard. Lisa s’était dit qu’elle contrôlait la situation. Elle était sûre qu’ils ne franchiraient pas la ligne rouge qu’elle s’était fixée. Mais après chaque baiser, elle avait toujours envie d’aller plus loin. Roland était si beau, si attentionné, si attirant.

Lisa enfouit son visage dans ses mains pour repousser tous ces souvenirs. Lentement, elle se redressa et s’assit en tailleur sur son lit. Elle ne savait plus quoi faire. Que pouvait-elle dire ce soir au Seigneur ? Elle était sûre de l’avoir déçu. Elle s’était elle-même déçue. Elle ne pourrait plus jamais rester dans Sa présence. Dieu lui en voulait sûrement. Et pourtant, au début de sa relation avec Roland, Lisa lui avait fait comprendre qu’avoir un petit ami était loin d’être sa priorité actuelle.

Elle venait d’une famille protestante évangélique. Très jeune, elle avait été initiée à la parole de Dieu par ses parents. Son père était prédicateur. On lui avait enseigné beaucoup de choses sur la foi en Dieu et sur l’obéissance à la parole du Seigneur. Avec sa mère, elle avait souvent eu de longues discussions sur le genre de relations « saines » qu’elle devrait avoir avec d’éventuels amis garçons lorsque le moment serait venu. Sa mère lui avait toujours répété que son corps devait rester pur pour son Dieu et pour son futur mari. À l’époque, Lisa n’y comprenait pas grand-chose, mais elle chérissait ces discussions mères-filles qui la rapprochaient beaucoup de sa maman.

Après son Bac, elle avait obtenu la bourse d’études pour l’UST (Université des Sciences et Technologies). Elle allait enfin quitter le cocon familial et commencer une nouvelle vie sur le campus. C’était elle qui prendrait dorénavant les décisions importantes qui la concernaient. La veille de son départ, la mère de Lisa lui avait encore parlé de sa relation avec Dieu, qu’elle devait privilégier plus que tout.

— Lise, lui avait-elle dit, tu dois faire très attention là où tu vas. J’ai été étudiante et je sais que, quand on est jeune, on a tendance à vouloir tout essayer… mais tu dois éviter les mauvaises compagnies qui risqueraient de te compromettre. Reste loin des garçons qui ont des intentions compliquées. Tu sais de quoi je parle.

Lisa avait eu un rire gêné et avait serré sa mère dans ses bras. Elle lui avait répondu qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. Elle savait ce pour quoi elle était à l’école, et elle n’avait pas l’intention de se laisser toucher par un garçon qui n’était pas son mari.

Malheureusement, les choses ne s’étaient pas déroulées comme prévu. Elle avait fait la connaissance de Roland, et elle n’avait pas pu tenir ses promesses.

— N’oublie pas que ton père et moi avons beaucoup investi en toi, Lisa, avait ajouté sa mère.

— Comment pourrai-je oublier tout ça, maman ? Papa et toi êtes les meilleurs parents du monde.

Ce soir, dans le noir de sa chambre, assise sur son lit, elle repassa dans sa tête cette conversation. Au fond d’elle, elle se sentait horriblement sale. Elle avait trahi la confiance de Dieu, mais aussi celle de sa mère.

— Je suis désolée, maman, murmura-t-elle. Je suis désolée. Je n’ai pas tenu ma promesse.

Le téléphone sonna à nouveau et Lisa se décida à répondre.

— Allô ? fit une voix grave à l’autre bout du fil. Lisie ?

— Salut, Roland.

Il est encore plus troublé que moi, songea-t-elle.

— Lisie, enchaîna Roland, ça fait une heure que j’essaie de te joindre. Est-ce que ça va ? Si c’est à cause de ce qui s’est passé, je suis vraiment désolé. Si j’avais su que cela te mettrait dans cet état, je ne t’aurais pas…

— S’il te plaît, Roland, je ne veux pas en parler.

— Lisie…

— Ce n’est pas de ta faute. Arrête de te faire du mauvais sang. Je suis allée chez toi de mon plein gré, et ce qui est arrivé est arrivé. Voilà. Tu ne m’as forcée à rien.

— Ne dis pas ça, chérie. Je sais que j’ai en quelque sorte fait pression sur toi. Je savais à quel point tu étais sensible, et je t’ai pourtant dit de venir.

Lisa ferma les yeux.

— Arrête, Roland. Je te dis que c’est moi la fautive dans l’histoire. Je n’avais qu’à ne pas me pointer à ton invitation de ce soir. Au lieu de ça, j’ai mis un jean moulant et un décolleté trop exhibitionniste. Je savais quel effet cela pouvait avoir sur toi et sur moi. Je n’ai pas d’excuse. Je suis la seule responsable de ce qui s’est passé ce soir.

— Lisie… laisse-moi passer te voir ce soir. J’ai besoin d’être sûr que tu vas bien. Tu es partie avant qu’on ait pu en parler.

— Je vais bien. J’ai juste besoin d’être seule ce soir. Je vais raccrocher maintenant, Roland.

— Lise…

Il y eut un silence de l’autre côté, puis un soupir. Lisa se sentait mal de lui infliger ça, mais elle n’était pas d’humeur à lui parler ce soir. Elle avait vraiment besoin de solitude pour digérer tout ça.

— D’accord, c’est compris, dit Roland, résigné. Tu sais quoi ? Je t’appelle demain, je t’en prie, décroche demain. Sinon, je viendrai chez toi.

— D’accord, je décrocherai.

— Je te laisse te reposer. Dors bien, ma chérie. Je t’aime.

Lisa ne répondit rien. Elle se contenta d’appuyer sur le bouton rouge de l’écran pour raccrocher. Elle resta un moment à fixer son téléphone, puis elle finit par secouer la tête. Elle se glissa silencieusement sous son drap.

En fermant les yeux, elle aurait juré avoir entendu un ricanement à glacer les os, à la fois loin et près de ses oreilles. Mais elle était trop fatiguée pour y penser. Lisa s’endormit.